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Apprendre de la difficile période que nous traversons !

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Sobriété et fraternité, l’enjeu de demain. 

Devant une situation politique aussi confuse et complexe, sur laquelle beaucoup d’entre nous ont le sentiment d’avoir peu de prises, il serait tentant pour le Pacte civique, par nature transpolitique, d’attendre d’y voir plus clair, de multiplier les analyses et de prendre de la distance.

C’est pourtant dans ces moments où l’engagement est difficile qu’il est particulièrement nécessaire. Et c’est cette approche que nous proposons aux membres de la communauté du Pacte civique et à celles et ceux qui voudraient s’en inspirer.

Rappelons tout d’abord quelques fondamentaux pour lesquels nous militons depuis le lancement du Pacte civique en 2011. Dans notre plate-forme initiale, nous partions de l’idée que résorber, à la fois, la dette sociale, la dette écologique et la dette financière serait particulièrement ardu. Que par conséquent tous les gouvernements seraient en difficulté face à cette triple exigence. Et donc qu’une coordination entre eux et la société civile organisée était indispensable. Qu’enfin cette articulation devait se faire autour des valeurs de créativité, de sobriété, de justice et de fraternité, cultivées à tous les étages de la société (national, territorial, proximité locale).

On ne travaille pas assez sur les valeurs

Nous considérons en effet que ceux qui travaillent au changement mettent trop la priorité sur le programme, les mesures, les instruments (prestations, élargissement des acquis) et pas assez sur les valeurs qui doivent les accompagner et qui en réalité les fondent. C’est cela qu’il faut changer, en même temps que des grandes régulations du système économique. On ne changera pas la société sans changer les valeurs qui l’animent, et on semble l’avoir oublié.

Ce que nous avons résumé, pour simplifier, en 2022 dans la proposition suivante : réussir l’alliance de la sobriété (le souci de la maison commune et du respect de la nature) et de la fraternité (le souci de chaque être humain qui l’habite, en dignité) – et en faire le ciment de notre commun national et de notre commun européen.

C’est autour de ces deux valeurs, de leur radicalité propre, de leur exigence, que devraient se construire selon nous, les compromis de demain. Dans cette période inédite, ces compromis sont nécessaires, sans doute de différentes natures, puisqu’il y a une majorité « contre », mais pas de majorité « pour ».

Cela suppose un combat dans plusieurs directions.

D’abord, lutter contre le scepticisme à propos de la fraternité et la sobriété considérées comme de « vastes blagues » : la concurrence pour le pouvoir, l’avidité des prétendants, pénalisent ce type d’approche vertueuse ainsi que le besoin d’une politique nouvelle. Sauf dans les moments de crise démocratique où la nécessité d’un sursaut est reconnue, comme l’a montré le front républicain le 7 juillet dernier. Nous y sommes…

Les promesses non tenues dévalorisent le système politique et favorisent la montée aux extrêmes.

Ensuite, il faut se méfier de l’accumulation, celle des profits excessifs sans doute, mais aussi celle de demandes multiples additionnées les unes aux autres sans souci de cohérence ; on ne pourra pas à la fois augmenter le pouvoir d’achat, rénover en profondeur les services publics et le système de santé, financer la transition écologique et réduire ou même stabiliser la dette publique. Les augmentations d’impôts sur les plus riches, si elles sont décidées, n’y suffiront pas. Or les promesses non tenues dévalorisent le système politique et favorisent la montée aux extrêmes. Comment donc organiser les processus d’arbitrage entre ces différents besoins, tout aussi légitimes les uns que les autres ? Une nouvelle forme de planification ? Seul un vrai travail collectif permettra de faire des progrès. Ce qui exige une méthode permettant d’organiser, avec la société civile et les syndicats, la délibération, puis de trancher les différends. La sobriété juste suppose l’innovation…

Pour une réforme du scrutin électoral des députés

Enfin, ne pas tomber dans la naïveté de penser que la rénovation démocratique, réclamée de toute part, et bien évidemment légitime, suffira à résoudre les problèmes, ainsi par exemple, la modification du système électoral. Il faut sans doute souhaiter le remplacement du scrutin majoritaire à deux tours par un scrutin proportionnel à un seul tour. En effet, la culture de compromis souhaitée par beaucoup serait certainement davantage favorisée par une expression claire des propositions exposées par les différentes forces politiques lors du scrutin unique et ensuite discutées et négociées sur la base du rapport des forces enregistrées, plutôt que par des alliances programmatiques factices uniquement destinées à s’accommoder de la logique bloc contre bloc que consolide le scrutin à deux tours. Certes, sous la IVème République, ce mode de scrutin a conduit à l’émiettement des partis et à l’instabilité gouvernementale. Mais à l’époque, il n’y avait pas la clé de voute des institutions qu’est le Président de la République dont il convient sans doute de réduire le rôle grâce à un Parlement plus fort, mais qui reste un régulateur des équilibres républicains essentiels. Néanmoins, le Pacte civique estime que le débat sur le mode de scrutin, y compris sur un système mixte, est ouvert, sans naïveté ni arrière-pensée.

Aujourd’hui, on voit bien l’importance des jeux de pouvoir, déjà parasités par la prochaine élection présidentielle, au sein d’une classe politique qui en ce moment mène le bal et n’écoute pas la société civile. Les changements institutionnels doivent être accompagnés de changements culturels. Il s’agit là d’un élément clef. Un travail particulier devrait concerner la maîtrise du désir de pouvoir, ce grand oublié de la réflexion politique, sa soumission à l’intérêt général, et, plus généralement, la nécessité de ressources éthiques et spirituelles pour l’exercice des responsabilités. Cette démarche pourrait déboucher sur quelques règles simples pour les leaders fondées sur l’éthique du débat et de la responsabilité. Un nouvel apprentissage comportemental est indispensable dans ce registre aussi bien pour les responsables politiques et que ceux des corps intermédiaires[1].

Enfin, comme nous l’avions indiqué à la fin de notre précédente publication (Flash info Second tour des élections législatives du 7 juillet 2024 – appel du Pacte Civique) il faudra s’interroger sur les raisons qui ont porté aussi haut le Rassemblement national et sur ce besoin d’autorité et de bouc émissaire que l’on constate aussi dans d’autres pays européens. Il faudra se demander si, au-delà des raisons généralement invoquées (précarité, inégalité, insécurité), ce n’est pas là aussi une compensation à la raréfaction des sources de l’identité due à l’effondrement social des grands systèmes de sens et au relativisme qui en a résulté. Il ne faut plus abandonner les questions identitaires au RN qui donne tant de mauvaises réponses à de vraies questions.

Le Pacte civique invite à tirer tous les enseignements de la difficile période que nous traversons !


[1] Ces points de repère sont développés dans un livre à paraître en novembre 2024 : Logique de pouvoir et éthique, aux éditions de l’Atelier, dans la collection Démocratie & Spiritualité

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Cet article a 3 commentaires

  1. Patrick Brun

    Comme j’aimerais partager votre optimisme (modéré) comme je partage vos analyses et vos valeurs ! Hélas le spectacle de la classe politique ne m’en laisse guère la possibilité. A gauche (dont je suis) incapacité de trouver un accord sur un premier ministre qui pourrait (au moins essayer de) mener une politique aussi en ligne que la réalité le permettrait avec le programme du Front Populaire. A droite toutes les manœuvres possibles même inconstitutionnelles pour conserver le pouvoir en faisant voter les ministres en dépit de l’article 23. Les citoyens qui voient cette impuissance d’un côté, ce déni de la démocratie de l’autre, doivent se dire que la prochaine fois ils vont essayer ce qu’on n’a pas encore essayé. Et le Front National qui n’a qu’à attendre, Rominagrobis se pourlèchant les babines, que le peuple lui tombe tout rôti dans la gueule.
    La concertation citoyenne à fait la preuve de son efficacité par 2 fois en trouvant des points d’équilibre progressiste sur l’écologie et la fin de vie. La première fois les politiques n’ont pas / peu pris le relais qu’en sera-t-il de la deuxième ?
    Les qualités (sic) requises pour se faire élire sont contraires à celles qu’il faudrait pour faire de la politique comme vous le souhaitez. C’est la contradiction interne de la démocratie et je ne vois pas bien comment la dépasser. Travailler sur l’appétit de pouvoir ? Bon courage mes amis. Amitiés Patrick Brun

  2. Yves Peutot

    Sobriété et solidarité (plutôt que fraternité, qui est genré, contrepoids de sororité)!

  3. Yves TEXIER

    Sans du tout entrer ici dans le fond du débat, je ne comprends pas, sur la fin de l’article, la phrase suivante : « Un nouvel apprentissage comportemental est indispensable dans ce registre aussi bien pour les responsables politiques et que ceux des corps intermédiaires. ». Ne serait-ce pas « Un nouvel apprentissage comportemental est indispensable dans ce registre aussi bien pour les responsables politiques que pour ceux des corps intermédiaires. » ?

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Pacte civique

Collectif citoyen engagé pour une société plus juste et fraternelle. Nous mettons notre créativité de citoyen, de travailleur, d’entrepreneur ou d’artiste au service d’une société humaine respectueuse de la dignité de chacun et de la nature. Nous faisons de la sobriété un enjeu de transformation personnelle, économique et écologique. Nous sommes trans-politiques, de toutes croyances ou non croyances; et nous faisons du débat éthique le moyen d’avancer ensemble à partir d’opinions diverses.