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Michel Dinet : L’engagement en héritage, un temps du souvenir pour penser l’avenir – Hommage de Jean-Baptiste de Foucauld

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Réunion du vendredi 29 mars à Nancy, au Conseil Général de Meurthe et Moselle

Intervention de JB de Foucauld

J’ai rencontré Michel Dinet  à Marseille en 2013 lors d’une rencontre  organisée par l’ODAS[1], qu’il présidait. J’avais été frappé par sa créativité, son ouverture, sa disponibilité aux idées nouvelles, fussent-elles audacieuses. Il avait alors adhéré au Pacte civique[2]  qui  venait d’être lancé. Nous nous sommes retrouvé ensuite aux Etats généraux du pouvoir citoyen (EGPC), avec Claude Alphandéry, Pierre Larrouturou,  et Patrick Viveret. Puis, avec ces derniers ainsi que  Nicole Notat et Domique Méda, dans un Comité d’expert qu’il avait créé pour examiner si et  comment des dépenses de fonctionnement pouvaient être reclassée en dépenses d’investissement renforçant le capital social individuel et collectif.

L’héritage qu’il m’a laissé et qui m’habite aujourd’hui, c’est ce qu’il avait déclaré aux EGPC : la nécessité d’une « couture appliquée, méthodique, fine, entre la force de l’élu au scrutin universel et celle du citoyen engagé au service du bien commun ». Et à cet effet  le souci de « co-construire l’action publique en créant des espaces de projet et d’engagement citoyen  où les gens  puissent révéler par eux-mêmes leur volonté, leurs colères, leurs talents ». On ne saurait mieux dire, et Claude Alphandéry, qui vient de nous quitter à 101 ans, militait dans le même sens.

Mais comment faire pour mettre en œuvre cette belle et indispensable idée ? Comment ces deux mondes peuvent-ils se rapprocher, s’accepter, se voir comme complémentaires et ne pas chercher à s’instrumentaliser l’un l’autre ? Que nous dirait aujourd’hui Michel Dinet ?

Que la société civile devienne civique, comme le dit Patrick Viveret, c’est-à-dire, me semble-t-il, qu’elle soit plus compréhensive à l‘égard du politique  auquel on demande souvent plus qu’il ne peut, qu’elle soit elle-même moins dispersée et mieux organisée,  moins parasitée par la concurrence interne  et le souci des égos.

Que le politique, de son côté, admette qu’il ne peut faire face aux défis actuels sans  la participation effective des citoyens. Qu’il évite donc les consultations pour ordre, dont les résultats sont connus d’avance ou ignorés, dont on abuse, parfois cyniquement et qui fatiguent la société.

Mais la participation citoyenne ne se suffit pas non plus à elle-même. Elle a besoin de rencontrer en face d’elle, avec elle, un authentique leadership. Elle a besoin d’élus qui montrent la voie tout en pratiquant vraiment le dialogue constructif : soit avoir un projet, le soumettre aux citoyens, puis l’amender ou le corriger ; soit soumettre un sujet aux citoyens, en faire débattre, et en tirer ensuite la synthèse débouchant sur des conclusions concrètes. Avec, dans l’un et l’autre cas, une prise de risque.

Tout cela, je le sentais bien chez Michel  Dinet, comme d’ailleurs chez Claude Alphandéry. On a besoin aujourd’hui de nouvelles formes de leadership et de charisme démocratique, qui concilient direction et participation.

Quelques belles réussites nous encouragent à persévérer dans cette voie. Je voudrais citer ici l’expérience en cours de Territoires zéros chômeurs de longue durée, qui se déroule notamment sur un territoire du département cher à Michel Dinet. Cette expérience est issue d’une proposition quelque peu prophétique de la société civique engagée dans la lutte contre l’exclusion, relayée, puis acceptée par le Parlement, et finalement aussi par l’administration. Elle tient beaucoup  à la qualité humaine et professionnelle des responsables qui la conduisent.

Comment forme-ton des leaders de ce type ? Comment les formera-t-on demain, alors qu’il n’y a plus la résistance comme en 1942,  et que l’éducation populaire comme l’action catholique sont à la peine dans un climat de réelle dépression idéologique ?

Je voudrais insister sur un point important : sous quelle bannière placer aujourd’hui l’engagement, ou plutôt les engagements divers et variés qui sont nécessaires. A quel commun ces engagements doivent-ils se référer ?

Pour moi, c’est désormais autour de la notion de sobriété que doit se tisser la « couture » dont il était question en commençant.

Construire une politique globale de sobriété, et non par petits bouts en fonction de la conjoncture,  mettant en marche toute la société, les personnes  d’abord, le fonctionnement des organisations ensuite,  et évidemment l’ensemble de politiques publiques.

Mais pas n’importe quelle sobriété : une sobriété à la fois créative (ouverte sur le progrès), juste (proportionnelle aux possibilités de chacun et plus exigeante pour le plus favorisés) et fraternelle (on y va ensemble en créant du lien). Créativité, sobriété, justice et fraternité, ce sont les quatre valeurs  complémentaires et commutatives que le Pacte civique s’efforce de promouvoir à tous les étages pour répondre aux multiples défis de l’heure.

Sobriété et fraternité[3] sont, en particulier indissociables et indispensables. La sobriété, en particulier, s’impose  pour trois raisons, sociales, écologiques, et spirituelles :

-La sobriété est la condition d’un partage plus équitable des richesses,  et de nouvelles régulations du capitalisme encadrant mieux la place de l’argent ; elle peut être aussi le ressort d’un pouvoir d’agir citoyen comme nous l’avons montré avec Solidarités nouvelles face au chômage (donner du temps pour accompagner, et, si possible, de l’argent pour créer des emplois solidaires[4]).

-La sobriété est la condition de la bifurcation  écologique, car la révolution technologique nécessaire, et d’ailleurs en cours (ne tombons pas dans la désespérance) ne suffira pas : un quart ou un tiers du chemin selon l’Ademe devra être fait par des changements de mode de vie. Mais il en fait pas que les bonnes raisons écologiques éliminent les non moins bonnes raisons sociales, c’est pourquoi j’ai commencé par elles. La sobriété est nécessaire pour concilier fin du monde et fin de mois, et sortir du balancement actuel.

-la sobriété est une condition spirituelle du renouveau démocratique, car elle oblige à se concentrer sur l’essentiel, sur un usage du temps tout au long de la vie donnant à chaque personne la possibilité d’exprimer pleinement ses capacités dans un environnement respecté, sur l’intérêt général[5]. Au point que nous posons la question au Pacte civique d’en faire une quatrième valeur de la République, à tout le moins d’en débattre[6]. J’ai trouvé récemment un allié de poids dans cette démarche : Montesquieu qui dans l’Esprit des Lois écrit (p.149) que « l’amour de la démocratie est encore l’amour de la frugalité », comme il l‘est de légalité, les deux étant liés. N’allons pas si loin, car depuis le 18ème siècle, il y a eu le progrès économique et social. Mais retenons la leçon et n’esquivons pas la question de la sobriété, elle est devenue consubstantielle à l’engagement citoyen. Cette question n’est pas facile, je le sais : raison de plus pour la prendre à bras le corps


[1] Observatoire de l’action sociale décentralisée, animé par Jean-Louis Sanchez.

[2] www.pactecivique.fr

[3] Rappelons aussi que Michel Dinet avait affiché dans son bureau l’appel à la fraternité lancé par l’’ODAS.

[4] www.snc.asso.fr

[5] Voir le livre de Démocratie et Spiritualité, coordonné par Michèle Bernard-Boyer et Marie-Odile Terrenoire, « Dialoguer avec le terre », notamment la postface. Voir aussi le site de l’association www.democratieetspiritualite.org

[6] Pacte civique (sous la direction  d’Elisabeth Javelaud) « Le choix des sobriétés, des idées pour passer à l’action », édition de l’Atelier, 2021

Photos de Cedric Jacquot

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Cette publication a un commentaire

  1. STECK Philippe

    Jean-Babtiste , un très grand merci !
    Oui à la sobriété 8
    Il y a urgence !

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Pacte civique

Collectif citoyen engagé pour une société plus juste et fraternelle. Nous mettons notre créativité de citoyen, de travailleur, d’entrepreneur ou d’artiste au service d’une société humaine respectueuse de la dignité de chacun et de la nature. Nous faisons de la sobriété un enjeu de transformation personnelle, économique et écologique. Nous sommes trans-politiques, de toutes croyances ou non croyances; et nous faisons du débat éthique le moyen d’avancer ensemble à partir d’opinions diverses.