Claude Alphandéry nous a quittés le 26 mars à l’âge de 101 ans.
Avec lui, nous perdons un compagnon de route, un ami et un exemple.
Nous avons beaucoup cheminé ensemble, à Echange et Projets, puis après la création de Solidarités nouvelle face au chômage en 1985, dans le combat contre l’exclusion sociale et sa lutte acharnée pour l’insertion par l’activité économique, puis dans sa promotion vigoureuse de l’Economie sociale et solidaire, jusqu’à la belle manifestation organisée l’an dernier par Hugues Sibille à la Caisse des dépôts et consignation pour le centenaire.
Il avait contribué entre 2008 et 2011 à la rédaction de la plate-forme initiale du Pacte civique, « Penser, agir, vivre autrement en démocratie », apportant nuances et compléments. Il suivait nos travaux avec intérêt et nous nous sommes souvent rencontrés dans des enceintes communes, comme le groupe des Convivialistes, ou les Etats Généraux du pouvoir citoyen.
Il faisait tout cela avec énormément de conviction, mais aussi beaucoup de patience et de bienveillance, ne perdant jamais le sens de l’humour.
C’était un grand résistant, cela a été largement souligné : résistant au nazisme et à l’antisémitisme, puis au capitalisme, puis à l’exclusion. Mais la résistance était toujours liée à une aspiration vers l’utopie : il ne perdait jamais l’espoir d’un monde meilleur, tout en sachant que cela prendrait du temps et qu’il fallait aussi faire des compromis. J’ai toujours pensé qu’Il avait gardé le meilleur du marxisme, sans s’y être enfermé, même s’il n’en parlait pas.
Car pour lui, la démocratie était première, et il souffrait de ses imperfections ainsi que des excès du capitalisme. C’était un résistant constructif multipliant les initiatives en tout genre pour faire bouger en profondeur la société. Il était inlassablement sur la brèche, toujours disponible et actif.

Le meilleur hommage que nous puissions lui rendre maintenant est de faire nôtre l’engagement auquel il nous a convié avec sa force ultime, face à la nouvelle montée des périls :
Mes amis,
Au début de cette année, nous avons signé avec Edgar Morin et avec vous toutes et tous ce bel Appel à la Paix et à donner toute sa place à notre humanité face aux immenses risques de régression vers la barbarie que nous commençons à nouveau de constater dans le monde, en Europe et dans notre propre pays.
Aujourd’hui, alors qu’hospitalisé mes forces déclinent, je viens vous demander de prendre l’engagement de tout faire, partout où vous êtes et avec les moyens qui sont les vôtres, pour empêcher une nouvelle nuit noire de l’humanité.
C’est l’ancien résistant que je suis qui vous parle. Que ce soit en Ukraine en Palestine et en Israël aujourd’hui, que ce soit demain lors des élections américaines et européennes, et après-demain lors des élections françaises, partout, l’arrivée au pouvoir de régimes autoritaires et populistes sont une menace vitale pour l’état de droit, pour les libertés publiques, pour la paix, et nous entraînent vers une nouvelle nuit tragique contre laquelle j’ai tant lutté.
Mon tout dernier appel, avec les forces qui me restent, c’est de vous inciter à tout mettre en œuvre pour que ce qui a motivé ma vie, le combat contre le fascisme, contre la barbarie, pour les droits humains, soit à nouveau mobilisé dans une grande alliance humaniste des forces de vie.
Agissez comme si vous ne pouviez pas échouer.
Claude Alphandéry
Résistant
Vous trouverez ci-dessous les liens avec :
– « La mort de Claude Alphandéry, héros de la Résistance et économiste engagé », Le Monde, 29 mars – Le communiqué de l‘Elysée
