Baromètre de la fraternité – 5ème édition –

Baromètre de la fraternité – 5ème édition –

La démarche du Labo de la Fraternité 

Issu du collectif #NousSommesUnis en 2015 puis transformé en Labo du Faire ensemble en 2016, le Labo de la Fraternité s’est structuré en 2017 avec Coexister, Unis-cité, Kawaa et Singa, rejoint ensuite par le Pacte Civique, Fraternité Générale, la Cloche, Entourage, la Fabrique du Nous et France Fraternités. Le Labo de la Fraternité a pour but de promouvoir la Fraternité comme base du lien social, comme valeur Républicaine, comme unité entre toutes les diversités, comme l’une des finalités nécessaires de l’action politique et citoyenne. 

Le Labo de la Fraternité développe trois objectifs intermédiaires en ce sens : 

  • Produire des données et de l’analyse sur l’état du lien social en France, la perception de la diversité par les Français.e.s ou les façons d’incarner le vivre ensemble au quotidien. 
  • Fédérer et outiller les acteurs du lien social en animant un plaidoyer commun valorisant la fraternité et les actions de chacune des organisations membres du Labo.
  • Diffuser de la connaissance sur la Fraternité à travers l’organisation d’événements de restitution, de débats et de conférences à destination des citoyens et citoyennes, des acteurs du lien social et des acteurs du pouvoir public.

L’édition 2022 du Baromètre de la Fraternité, ce qu’il faut retenir :

👉 Si les français affichent une vision plutôt  positive de leur pays (divers, tolérant…), ils le jugent peu fraternel (54%), et encore moins égalitaire (43%). Ce sont les deux piliers de notre devise qui se révèlent fragilisés par les différentes crises que notre pays a traversé.

👉 En cinq ans, les tendances se confirment et rendent encore plus nécessaire l’action des organisations de la société civile et des pouvoirs publics pour accompagner, développer et soutenir la Fraternité. Si la crise COVID  a permis des élans de solidarité de grande importance, il y a bien eu un “effet covid” sur notre façon de voir le monde et de percevoir la diversité. Aujourd’hui, dans un contexte de crises politiques, sanitaires, écologiques, sociales et économiques qui se succèdent les unes aux autres, un sentiment de méfiance envers l’autre ne cesse de s’accroître depuis 2019.

👉 Ce baromètre révèle également des clivages de plus en plus importants dans notre façon de percevoir la diversité : intergénérationnel, milieu social, lieu de vie, bords politiques, etc… Ces clivages engendrent des divergences de points de vue qui prennent de l’ampleur et qui trouvent parfois leurs sources dans l’expérience malheureuse du rejet par l’autre.

👉 La solitude s’associe souvent à une vision pessimiste de l’avenir. Les données de l’enquête montrent que les personnes moins entourées sont également plus souvent malheureuses. A cet égard, la question du lien social et de la fraternité apparaît comme étant primordiale et peut être vue comme étant un enjeu de santé publique.

👉 Il reste encore beaucoup à faire pour contrer les dynamiques de peur, de méfiance et d’inquiétude qui visent les différences, les minorités et ce qui est “autre” ou l’étranger. Et la dégradation des résultats enregistrés depuis 2016 donne un sentiment d’urgence à agir collectivement pour inverser cette tendance, mortifère pour notre vivre ensemble et notre démocratie.

👉 Les chiffres de cette édition nous permettent de mettre en lumière toute la complexité de notre sujet. La diversité est toujours perçue majoritairement positivement et pourtant elle génère de plus en plus d’inquiétude. Les contradictions entre les intentions et les actions montrent que le passage à “l’acte fraternel” n’est pas si simple d’accès. Il impliquerait de lâcher prise, de faire tomber nos préjugés, de sortir de notre quotidien, de se donner le temps, d’accepter d’écouter l’autre avant d’imposer son point de vue, etc…Les actions portées par les membres du Labo de la Fraternité et ses partenaires visent précisément à rendre ce chemin accessible en accompagnant, sensibilisant, outillant l’ensemble des citoyens, des acteurs de lien social et des acteurs politiques.

👉 Maires, voisins, associations, voilà le trio gagnant de la Fraternité ! La Fraternité est l’affaire de toutes et tous et se tisse avant tout dans les territoires. La fraternité est un acte citoyen.

Enseignements et chiffres clés

L’APRÈS COVID : ESPRIT FRATERNEL ES-TU ENCORE LA ?

👉 Lorsqu’on interroge les Français sur la manière dont ils perçoivent leur pays, on observe un ressenti général qui se dégrade significativement depuis avril 2021. 65% des sondés considéraient la France comme un pays de fraternité au printemps 2021 contre 54% aujourd’hui.

👉 Les chiffres montrent bien un retour aux moyennes de 2016, date du 1er baromètre. A cette époque 84% des français considéraient la France comme un pays de diversité contre 86% aujourd’hui, ce chiffre était monté jusqu’à 91% en 2020 et 2021

👉 Après le temps de la solidarité, les français se préoccupent davantage d’eux-même, 18% des français ne se sentent pas de responsabilités particulières vis à vis des personnes en difficulté et pensent qu’il est avant tout important de prendre soin de soi-même, ce chiffre était tombé à 12% au plus fort de la crise COVID en 2020.

👉 En 2021 57% des sondés considéraient la France comme un pays d’égalité, ce chiffre est tombé à 43% en 2022.

VIVRE ENSEMBLE AVEC NOS DIFFÉRENCES

👉 Pour 48% des sondés la diversité est davantage perçue en termes de diversité d’origines ethniques.

👉 A noter que l’orientation sexuelle est de plus en plus associée à la notion de diversité. La mention à l’orientation sexuelle ayant augmenté de près de 10 points entre 2016 et 2022 en passant de 10% en 2016 à 19% en 2022 .

👉 Cette diversité qui compose notre société est perçue pour 71% des Français comme étant enrichissante pour les individus. Bien que ces chiffres soient en baisse, la majorité des affirmations sur la diversité est toujours positive : elle ouvre notre société au monde (70%), elle favorise la créativité (66%), elle est une force pour le pays (61%).

👉 Bien qu’ils soient moins importants, les chiffres associés à une perception négative de la diversité sont tous en augmentation.  Pour 69% des personnes interrogées la diversité peut aussi créer des problèmes, des conflits et 58% affirment que la diversité génère des politiques favorisant les minorités au détriment de la majorité.

👉 Le décalage des générations : 

  • décalage important sur le sentiment de solitude qui touche près de 68% des 18-24 ans vs 49% pour les 65 ans et plus.
  • Seulement 45% des 18-24 ans considèrent la France comme un pays de fraternité alors qu’ils sont 59% chez les 65 ans et plus.
  • Les 18-35 ans croient davantage en une diversité enrichissante (75% vs 65% chez les plus de 65 ans) ou propice à la créativité (72% vs 57% chez les plus de 65 ans). A l’inverse 58% des 65 ans et plus sont inquiets quand on évoque la diversité contre 34% chez les 18-24 ans.
  • une plus grande propension des plus jeunes à partager des activités avec des personnes ayant une origine éthnique différente (71% des 18-24 ans vs 58% des 65 ans et plus), une religion différente (72% des 18-24 ans vs 58% des 65 ans et plus) ou encore ayant une orientation sexuelle différente (71% des 18-24 ans vs 50% des 65 ans et plus).
  • 30% des moins de 35 ans affirment avoir déjà rejeté une personne en raison de sa conviction religieuse, alors que cela ne concerne que 13% des 65 ans et plus.

👉 La Fraternité, une histoire de revenus ? 

  • seulement 1 français sur 2 ayant un revenu en dessous de 900 €/mois considère la France comme un pays de fraternité contre 64% de la catégorie aisée (plus de 2500 €/mois).
  • La méfiance envers l’autre gagne davantage les plus pauvres, pour 81% d’entre eux “on n’est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres”, ce chiffre descend à 58% pour les hauts revenus.
  • Lorsqu’on interroge les personnes au chômage sur leur attitude en cas de désaccord, près de 20% d’entre eux n’osent pas dire qu’ils ne sont pas d’accord par peur du conflit ou d’être jugé, ce chiffre descend à 10% pour les dirigeants d’entreprise. On retrouve cet écart entre les niveaux CEP/BEPC (27%) et les diplômes supérieurs (11%) ou encore les catégories les plus pauvres (24%) et les plus aisées (14%).

👉 La solitude, quand le lien se rompt

  • Ce baromètre interroge pour la 1ère année le sentiment de solitude des sondés. Pour 57% d’entre eux, le sentiment de solitude est au moins présent de temps en temps, voire souvent pour 15% d’entre eux. Seulement 13% des sondés ne ressentent jamais la solitude.
  • Ce sentiment de solitude concerne davantage les habitants de l’agglomération parisienne (64%) que les habitants des zones rurales (51%)
  • Le sentiment de solitude semble davantage trouver sa source dans l’expérience malheureuse du rejet par l’autre, 29% des personnes qui se sentent souvent seules ont vécu l’expérience d’un rejet du fait de leur âge alors que cela concerne 20% de l’ensemble des sondés. De la même manière 34% des personnes qui se sentent souvent seules ont vécu l’expérience d’un rejet du fait de leur milieu social contre 19% de l’ensemble des sondés. Ces écarts se retrouvent également pour d’autres motifs de rejet : statut d’activité (33% vs 18%), proximité politique (28% vs 18%), lieu de vie (29% vs 16%) ou encore l’orientation sexuelle (20% vs 10%).

DIVERSITÉ ET FRATERNITÉ, UN PARI EXIGEANT 

👉 Un sentiment de méfiance grandissant : 

  • Pour la quatrième année consécutive la méfiance vis à vis de l’autre ne cesse d’augmenter, cette méfiance qui concernait 62% en 2019, concerne aujourd’hui 73% des personnes interrogées. 
  •  62% des français estiment que les relations entre les habitant(e)s se sont détériorées

👉 Et pourtant une “envie” d’agir ou d’échanger avec des personnes différentes qui évolue d’année en année, cela concernait déjà 70% des personnes sondées, en 2022, c’est 79% du panel qui se dit tenté par cette expérience.

👉 Les voisins, la fraternité de proximité : 69% du panel déclarent aimer leurs voisins, et lorsqu’on interroge le panel sur ce qu’il serait prêt à faire (intention) pour aider leur voisin, nous retrouvons une grande majorité d’adhésion dans quasiment l’ensemble des items, prêter un outil (88%), nourrir ses animaux en son absence (84%), faire des courses (80%), garder ses enfants (68%), l’héberger une nuit (59%). Seul le prêt de voiture ne remporte pas la majorité avec seulement 35% des Français qui seraient prêts à faire ce grand geste !

👉 Les freins qui empêchent le passage à l’action : le manque d’occasions (45% du panel), le manque de temps (30% du panel), l’absence de structures ou de lieux qui provoquent ces moments de rencontres (20% du panel).

👉 Et quand on regarde la part des actions effectivement réalisées, elle a diminué entre 2 et 8 points pour l’ensemble des catégories de diversité mentionnées par rapport à 2021.

👉 Une attitude en cas de désaccord qui progresse : 68% des personnes interrogées chercheront avant tout à questionner leur interlocuteur pour essayer de comprendre son point de vue, ce chiffre a augmenté de 2 points depuis l’année dernière. Mieux encore, en 2021, 26% du panel cherchaient avant tout à convaincre son interlocuteur, ce chiffre a chuté de 7 points en 2022.

FOCUS 2022 : UNE FRATERNITÉ QUI SE JOUE D’ABORD À L’ÉCHELON LOCAL

👉60% des personnes interrogées dans ce sondage pensent que le maire agit suffisamment pour encourager la fraternité.

👉Les commerces de proximité, les cafés, les marchés, des lieux qui favorisent le lien social pour 38% des personnes interrogées.

👉 Pour favoriser le lien social et encourager la fraternité, 31% du panel propose de créer et faciliter des moments de convivialité entre les habitants et pour 22% du panel, il faudrait même soutenir et ouvrir des lieux de rencontre et de convivialité au plus près des gens.

👉 Sur le thème de la convivialité justement, 69% de notre panel vont jusqu’à dire qu’ils aiment leurs voisins ! Ce chiffre s’élève à 74% dans les communes rurales.

👉 Et lorsqu’on interroge les Français et Françaises sur l’existence de moments de convivialité avec leurs voisins, 35% disent partager un apéritif ou un barbecue avec eux. Alors que 33% du panel n’ont jamais eu de discussions qui vont au-delà de l’échange de simples formules de politesse. Il n’y a donc qu’un petit pas à franchir pour que cette Fraternité en fêtes gagnent tous les cœurs !

Conclusion et plaidoyer du Labo de la Fraternité

👉 La Liberté est acquise pour 70% des Français, la Fraternité pour 54% et l’Égalité 43%. Il y a urgence à nous réapproprier cette devise qui nous unit toutes et tous, toute classe sociale confondue, toute origine culturelle confondue, tout sexe et tout âge confondu. 

👉 Depuis 5 ans, Le Laboratoire de la Fraternité par le biais des organisations membres se veut être un lieu d’innovation incontournable pour faire de la fraternité une réalité dans toutes les strates de la société. De la production de données permettant de rendre visibles les tendances et perceptions qu’ont les français de la fraternité aux recommandations de politiques publiques, ses membres n’ont eu de cesse de défendre un plaidoyer visant à remettre la Fraternité au centre de nos préoccupations, comme un jalon qui détermine la direction que nous devons prendre collectivement.

👉 La Fraternité est donc l’affaire de tous, elle est une responsabilité à la fois individuelle et collective. Le Labo de la Fraternité se fixe pour objectif principal de permettre à toutes et tous de mieux appréhender cette 3ème valeur républicaine, à la fois comme une valeur finale (la fraternité est désirable par elle-même) mais aussi comme « valeur instrumentale » car elle permet un meilleur fonctionnement de la société dans un grand nombre de champs : la santé et le soin, le logement, l’école, les convictions, la citoyenneté/démocratie, les médias, la migration, les institutions, la précarité, la ruralité, l’engagement, l’emploi, la sécurité, etc…

👉 Pour les 5 ans à venir, le collectif du Labo de la Fraternité a choisi de recentrer son activité sur la production de connaissance autour de la Fraternité et sur la diffusion de celle-ci auprès de trois cibles identifiées : les acteurs du lien social, les citoyens et les responsables politiques. L’intention de ce choix est de réintégrer la Fraternité dans le récit national en créant un langage commun autour de cette valeur et en faisant d’elle une boussole. Les actions portées par le collectif du Labo permettront ainsi de placer la Fraternité au centre des décisions et du débat public et agiront comme un véritable levier de progrès, d’égalité et de justice sociale.. 

La composition du Labo : Pilotage, membres et partenaires 

PILOTAGE 2022 : COEXISTER, FRATERNITÉ GÉNÉRALE, KAWAA, LA CLOCHE, PACTE CIVIQUE, SINGA

MEMBRES 2022 : ENTOURAGE, FABRIQUE DU NOUS, FRANCE FRATERNITÉS, UNIS CITES

PARTENAIRES 2022 : JNCF, ODAS, AMRF, VILLES ET BANLIEUES

LIRE POUR EN SORTIR, OBSERVATOIRE DES CAMPS DE RÉFUGIÉS, SECOURS CATHO, SOS MÉDITERRANÉE

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Pacte civique

Collectif citoyen engagé pour une société plus juste et fraternelle. Nous mettons notre créativité de citoyen, de travailleur, d’entrepreneur ou d’artiste au service d’une société humaine respectueuse de la dignité de chacun et de la nature. Nous faisons de la sobriété un enjeu de transformation personnelle, économique et écologique. Nous sommes trans-politiques, de toutes croyances ou non croyances; et nous faisons du débat éthique le moyen d’avancer ensemble à partir d’opinions diverses.