Quel modèle social pour les métiers du grand âge?

Le Pacte civique a fait paraître une tribune dans le journal Ouest-France du 08 juillet 2020. Elle s’interroge sur le regard que nous portons sur les personnes âgées, leurs besoins, leur rôle social et sur la manière de bien vieillir puis de bien mourir.

Cet article a été corrédigé par Patrice Bony (animateur de l’atelier emploi) et par Pierre Guilhaume (Coordinateur national, Collectif Pacte civique)

Pour lire l’article, directement sur le site Ouest-France, cliquez ici.

Article

La crise sanitaire a remis en question bien des certitudes sur le fonctionnement de notre société, particulièrement sur le sort qu’elle réserve aux personnes âgées.

Si les dégâts ont été limités pour les séniors vivant à domicile, grâce notamment à des solidarités de voisinage, il n’en est pas de même pour les pensionnaires des Ehpad. Non seulement leur mortalité a explosé, mais ils ont souvent vécu le confinement dans des conditions inhumaines de solitude et d’abandon.

Ce constat interroge l’ensemble de la société : quel regard portons-nous sur les personnes âgées, sur leurs besoins, sur leur rôle social, sur la manière de bien vieillir, puis de bien mourir ? Mais aussi comment considérons-nous les personnes qui ont fait leur métier d’assister et d’aider nos aînés ? Comment valoriser et rendre attractives ces professions qui connaissent de sérieuses difficultés de recrutement ?

Les enquêtes que le Pacte civique a menées auprès de structures gérant les Ehpad et l’aide à domicile montrent que, si la nécessité de revaloriser la rémunération et la carrière du personnel de ce secteur fait consensus, il est clair que cela ne suffira pas.

Changer notre regard sur le vieillissement

Quelles conditions pour un nouveau modèle social ?

Nous devons d’abord changer notre regard sur le vieillissement. C’est un fait de société, inéluctable, que nous devons prendre en charge, individuellement et collectivement. Les différentes étapes qui jalonnent le vieillissement, de la mise à la retraite à la fin de vie, sont d’autant mieux vécues qu’elles sont dédramatisées et préparées. C’est une vraie culture de l’anticipation que les grands acteurs du secteur sont appelés à développer, sous l’incitation de l’État.

La deuxième condition se résume à un retournement complet du mode de fonctionnement de l’assistance au grand âge. Subsidiarité, réorientation du management, dialogue social « à tous les étages » et travail d’équipe sont les notions clés à développer, partout. Les décisions concernant l’organisation du travail doivent être prises au plus bas niveau par les équipes de terrain rassemblant soignants, aidants salariés ou bénévoles, familles et… personnes aidées, qui peuvent utilement s’impliquer, y compris dans la formation des professionnels. Le management doit retrouver sa vocation humaine d’animation, d’attention et de sens. Reste à l’État à fixer le cadre, juridique et économique, et surtout à apprendre la confiance et le dialogue.

La troisième condition est la remise en cause des Ehpad en tant que structures fermées, isolant leurs pensionnaires de la société. Il faut ouvrir les Ehpad vers leur environnement, décloisonner les services, réinsérer les séniors dans la vie de la cité, aux côtés des autres générations. Ce mouvement doit résulter d’une réflexion de terrain, menée par les acteurs locaux, mission quasi-impossible dans l’enchevêtrement actuel des structures qui s’occupent des aînés. Il faut un leadership politique clair et proche des réalités. C’est aux communes (lorsqu’elles ont une taille suffisante) et aux intercommunalités que la compétence « grand âge » doit être transférée, dans un délai de quelques années.

La sortie de la crise sanitaire représente une occasion à ne pas manquer pour mettre en œuvre un nouveau modèle social pour les emplois du grand âge, fondé sur ces quelques principes.

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